Image manipulée

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Devenir un ‘‘consomm ’ Acteur ‘‘ ? 

 

Quand je regarde le monde et ses paradoxes, je suis en révolte. Comment comprendre l’incompréhensible dans un monde schizophrène? Comment faire, quand nous-mêmes, souvent, nous cautionnons par nos actes cette course folle d’un monde de non-sens? Nous sommes inadaptés... Enseignant spécialisé depuis 1983, j’ai tout de suite compris qu’il fallait inventer des pistes de travail dans lesquelles la révolte puisse s’exprimer (détresse, violence, peur, crainte...). Révoltes des élevés, mais aussi les nôtres. 

 

Comment exister dans une relation constructive face à des enfants en souffrance, rejetés d’un système qu’ils ne comprennent pas, en étant nous- mêmes des représentants d’un système qui les exclus? Comment faire, sinon en bouleversant l’ordre établi. Nous ne répéterons peut-être jamais assez que quand un enfant arrive en ITEP, c’est que toutes les  prises en charge pédagogiques et éducatives ont échoué.

 

Comment faire quand la plupart des enfants sont dans un comportement de rejet violent face à toute tentative liée de près ou de loin à «l’école»? Quelles stratégies construire, sinon en expérimentant. En cherchant des solutions en fonction des individus, des lieux, des envies, des parcours... 

 

En conséquence, j’ai basé mon travail sur une démarche créative en proposant à chacun d’exploiter son empreinte, d’inventer des univers en bousculant certaines règles établies. En créant des univers de travail dans lesquels la création artistique devient le moteur d’apprentissage, d’échanges et de solidarité. «Bousculer les règles», voilà pour le moins une démarche pédagogique étrange quand on s’occupe d’enfants dont l’expression de la souffrance s’exprime justement par la transgression des règles.

 

L’artiste, c’est celui qui cherche. C’est celui qui transgresse, qui s’oppose à l’ordre établi. L’art se doit de bouleverser les valeurs et de remettre les choses en question, constamment....Nous sommes là dans un scénario très proche du comportement de nos élevés, qui transgressent, refusent et explosent les cadres proposés quels qu’ils soient... 

 

Depuis quelques années, l’informatique est venu bouleverser la société, l’art s’en est emparé et la création apporte de nouvelles pistes de réflexion en ouvrant des possibles jusque-là inimaginables. Dans le projet «image manipulée», le réel et l’imaginaire se mélangent. L’informatique devient avant tout un outil d’émancipation, il permet de donner un libre accès à la création. L’image vit sur l’illusion de sa transparence, mais vous avez beau savoir lire un mot, syllabe par syllabe, ce n’est pas pour autant que vous le comprenez.

 

Devant une diffusion croissante du nombre d’images, notamment sur Internet, il devient urgent ‘‘d’apprendre à voir’’. Il s’agit alors d’associer la technique et l’analyse d’image dans des  projets cohérents de création ou le choix personnel s’appuie sur plusieurs découvertes. Certes, d’artistes dans une histoire plus globale de l’Art mais aussi dans un questionnement permanent du monde qui nous entoure, afin que la production d’images devienne juste, signifiante et autonome.

 

 

 

 

 

C’est le travail d’un projet artistique structurant : ‘‘Faire sortir de l’esclavage devant l’image’’.  Choisir une photo plutôt qu’une autre, c’est sortir du rôle du consommateur manipulé. Critiquer et comprendre une image, c’est un peu comme ne pas faire de fautes d’orthographe et savoir manipuler la langue. La manipulation d’images est un véritable outil contre l’échec scolaire avec des prises d’autonomie, la mise en valeur d’expériences personnelles, la mise en évidence immédiate d’une dialectique en théorie et en pratique. Enfin et surtout, il ne faut pas oublier le plaisir de la création comme facteur d’évolution et d’épanouissement personnel.

 

L’image est partout. C’est enfoncer une porte ouverte que de le constater. Langage universel, l’enseignement de la photographie, paradoxalement, dans notre société submergée d’images, tient une part relativement faible. On apprend dans un premier temps à lire, déchiffrer un texte, en comprendre le  sens, en faire ensuite une lecture expliquée.

 

Or, pour les images, on s’arrête souvent au premier niveau, sous-estimant, la réelle portée du discours polysémique de l’image. Donner les clefs de ce média , c’est en quelque sorte favoriser une  appropriation du réel et de notre société. Si les images reflétaient le monde en toute transparence, il n’y aurait pas lieu d’en parler. C’est parce qu’elle sont opaques, qu’elles dissimulent autant qu’elles simulent le réel, qu’il faut le détour de l’analyse pour percer et percevoir leur réalité, et quelle réalité ? Celle que chacun de nous perçoit et croit être vraie ?

 

Pour fonder une pédagogie autour de l’image et par l’image, il ne suffit pas de considérer l’image comme un objet d’étude, mais comme un objet supposant des usages, des pratiques qui  diffèrent dans le temps et selon la position socioculturelle des personnes qui portent leur  regard sur ces images. Plutôt qu’un morceau de monde, l’image reflète un regard sur ce monde. 

 

Reconstituer ce regard, par l’échange et la confrontation de nos regards de spectateurs, tel devrait être le mobile de toute pédagogie de et par l’image. Nous ne considérons pas l’image comme un objet en soit, mais comme une relation, un rapport. Il faut donc  commencer par élaborer des méthodes qui fixent le cadre d’une démarche de reconnaissance de l’autre. 

 

‘‘L’image manipulée’’, ce pourrait être le titre de notre société. Manipulés que nous sommes par le flux incessant d’images et de sons qui nous agressent et nous donnent l’impression d’avoir le choix ! Les images nous endoctrinent et font de nous des consommateurs aveugles, et nos enfants en sont les premières victimes! J’ai choisi de décortiquer ces images, de décrypter avec mes élevés ce langage sous-jacent. Nous allons essayer de nous arrêter un peu, d’analyser, de déconstruire, d’inventer, de  reconstruire, et d’essayer de comprendre. 

 

Mon but:

 

Agir comme un révélateur de compétences pour que ces enfants deviennent un jour peut-être de vrais ‘‘consom-m’Acteurs’’ critiques éveillés. 

 

Merci à ces enfants qui me font avancer...... 

 

Dominique Benracassa